Et si AU LOCAL devenait une SCIC ? #1 : Bilan positif pour la première année d'activité

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Alpes Solidaires vous présentait il y a un an le groupement d'achat Au Local implanté au cœur des quartiers populaires de Grenoble. Il s'agit pour les instigatrices Adeline Anglaret et Ingrid Joubert de donner accès à des produits sains, locaux et de qualité aux habitants de ces quartiers qui souffrent d'un déficit de commerces, de rémunérer au prix juste des producteurs locaux partenaires et de mener des actions d'éducation populaire autour de l'alimentation. Leur ambition depuis le départ est de monter une Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC). Ce mardi 5 novembre, elles ont conduit une réunion d'information collective pour expliquer leur projet – dont le succès a dépassé leurs attentes avec près de 35 personnes présentes ! Une soirée qui a donc eu pour objectif de questionner le devenir de Au Local : leur engament trouvera-t-il un écho suffisant pour convaincre bénéficiaires et partenaires de s'engager dans cette aventure collective ? Devront-elles lui trouver une autre forme, puisque Au Local ne s'arrêtera pas ? Cette réunion était l'occasion d'entamer les discussions et de soulever des questions.

Retour sur la soirée en plusieurs épisodes : ce premier pour vous raconter ce qu'elles font concrètement depuis un an. Le prochain à venir développera l'aspect structurel : une SCIC, pourquoi, comment et avec qui ?

Un bilan économique et humain encourageant pour la première année de fonctionnement

Avant d'exposer leurs motivations à créer cette SCIC Adeline et Ingrid sont donc revenues sur l'historique, les fondements et le bilan de leur projet après un an de distributions effectives. Si ce dernier n'est toujours pas suffisant pour leur assurer un salaire et que les animations dépendent encore de subventions, il est globalement très positif !

 

 

Au Local, ce sont deux activités distinctes qui se veulent complémentaires : le groupement d'achat et les animations autour du bien-manger.

Le groupement d'achat représente 23 distributions depuis un an, 283 personnes qui ont commandé au moins une fois et 60 consommateurs fidèles (au moins une commande par mois depuis le début). C'est également un partenariat avec plus d'une trentaine de producteurs situés au maximum à 150km de Grenoble. Et le modèle convainc : 2019 est l'année des premières productions effectuées expressément pour Au Local, qui devient une filière d'écoulement à part entière.

Les deux entrepreneuses maintiennent une marge constante quelque soit le produit, mais faible (23%). Ceci leur garantit de rendre accessible des produits de qualité à des personnes qui n'en ont habituellement pas les moyens. De même, pas question pour elles d'entrer dans le jeu de négociations avec les producteurs dont elles souhaitent rémunérer le travail à sa juste valeur. Leur modèle repose donc sur une économie d'échelle : leur but n'est pas d'augmenter leurs marges mais le volume de commandes. Et la dynamique va dans ce sens ! Depuis septembre elles ont pu inaugurer un deuxième point de distribution dans le quartier de la Villeneuve(1) et vont passer de 3 distributions mensuelles à 5 d'ici janvier 2020.

Les animations représentent une à deux animations enfants/familles gratuites et une animation adultes/familles sur participation (ateliers cuisine et sortie à la ferme) par mois. Sur l'année écoulée, elles ont réuni 360 participants (dont 80 % d'habitants des quartiers), consommateurs ou non au groupement d'achat.

Cette activité est le fruit de partenariats avec des associations déjà implantées dans le quartier qui participent de leur visibilité et avec lesquelles elles renforcent la dynamique collective locale. C'est ainsi qu'elles ont fait un suivi de plantations avec des enfants grâce à Brin d'Grelinette ; les ateliers cuisine (au café la Pirogue et à la Maison de l'Enfance) sont menés avec Cuisine Sans Frontières. Elles collaborent également avec Santé Diabète et des professionnels comme une naturopathe. Désormais (et déjà!) reconnues dans le quartier, elles sont sollicitées par des structures locales et ont pu mener des interventions dans les établissements scolaires (sortie récolte, atelier autour du circuit court et de l'alimentation locale).

Les institutions locales reconnaissent le rôle important d'un projet comme Au Local dans la redynamisation des quartiers dits prioritaires. Ainsi la Ville de Grenoble (dans le cadre du Contrat de Ville 2015-2020) et le Commissariat Général à l'Égalité des territoires subventionnent ce volet « animation ». Ceci va permettre très vite de salarier Adeline qui l'organise. L'objectif est cependant de ne plus dépendre de subsides publics pour ce pan de l'activité : une progression du groupement d'achat devrait leur permettre à terme de financer ces animations en fonds propres.

 

Habitants des quartiers : échanges, apprentissages et premiers boulots

Les quartiers, c'est aussi la réalité de jeunes qui ont grandi en milieu urbain et ont peu accès à la nature alentour. Toute l'action éducative menée autour de l'alimentation revêt son importance quand une jeune fille, lors d'une sortie à la ferme, s'émerveille d'apprendre que le lait qu'elle boit le matin sort du pis de la vache. Si l'anecdote prête à sourire, elle souligne une réalité : dans les quartiers s'alignent supermarchés avec leurs produits en barquette et fast-foods. Les éducateurs du Codase (Comité Dauphinois Action Éducative) qui suivent certains jeunes en décrochage sont donc heureux de la présence de Au Local si proche des habitants.

Certains sont par exemple embauchés pour prêter main forte à Adeline et Ingrid lors de la répartition des commandes. Cela représente un gros travail de logistique et d'organisation qu'elles ne peuvent mener seules de front. Ces jeunes sont salariés ponctuellement via Synergie, une association qui mène des chantiers éducatifs. Pour eux il est souvent question d'une première expérience de travail. Pour les deux entrepreneuses, c'est l'occasion de nouer des liens forts avec le quartier.

Les éducateurs rencontrés sont ravis de la collaboration avec Au Local qui permet à ces jeunes d'appréhender des réalités que les mots ne suffisent pas à expliquer. Un premier travail est structurant (il faut mettre ses papiers de sécu à jour, respecter des contraintes et des horaires…). Ici, il sert d'exemple aux copains du quartier qui commencent à s'interroger sur leur propre situation. Et quand un jeune en mal d'orientation se demande « Et moi alors ? », pour un éducateur, c'est la moitié du chemin qui est déjà parcourue. En l'occurrence ce premier boulot n'a p as lieu dans n'importe quel contexte : Ingrid et Adeline travaillent pour l'instant « bénévolement » pour que eux puissent avoir accès à une nourriture plus saine. L'étonnement premier laisse vite place à une sorte d'admiration : ceux d'entre eux qui tiennent l'argent pour roi réalisent que d'autres valeurs existent. Peut-être plus importantes ? Pour les éducateurs en tout cas, Au Local s'avère un partenaire précieux.

 

Le montage en Scic requiert au minimum 2 conditions : répondre à un intérêt collectif et démontrer la viabilité économique. Cette première année d'activité abonde l'utilité sociale de Au Local. Sa rentabilité est en bonne voie. Adeline et Ingrid ont donc la possibilité de passer Au Local en Scic. Cette soirée en faisait la proposition au bénéficiaires et sympathisants présents. Après ce bilan, la suite de la soirée s'est attelée à montrer comment fonctionne une Scic, et avec qui. Elles ont notamment invité deux membres de AlterConso, une Scic lyonnaise ayant la même activité, à venir témoigner de leurs 13 ans d'expérience. Ces comment et avec qui sont l'objet du second volet de notre exploration à lire ici

 

(1)Historiquement Au-Local est implanté  dans le quartier Teisseire-Malherbe (20 avenue Malherbe) à Grenoble ; depuis septembre un deuxième point de distribution a ouvert au café-restaurant associatiof Le Barathym, 97 Galerie de l'Arlequin

Retrouvez toutes les informations et actualités de Au local sur www.au-local.org et sur la page facebook dédiée.
 

Catherine ROBERT pour Alpes Solidaires

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