Médicaments trop chers, personnel hospitalier et médecins en sous-effectif... Pour beaucoup, le concept de santé dite « publique » est mis à mal, voire pour certains, inaccessible. Pour pallier à ce manque de moyens et de ressources, des associations de proximité se sont lancées dans une bataille de la santé pour tous. Grâce à ses 5 centres de santé, le bassin grenoblois répond depuis 1973 à une population en situation de précarité n'ayant peu ou pas accès à des soins médicaux « classiques ». Entretien avec Jean Debeaupuis, président de l'AGECSA (Association de Gestion des Centres de Santé de Grenoble).
Qu'est-ce qu'un centre de santé ?
Les centres de santé dispensent des soins médicaux et paramédicaux à destination principale de populations économiquement et socialement défavorisées et proposent des actions de prévention sanitaires et médico-sociales. Les premiers centres de santé Grenoblois ont été crées en 1973 à l’initiative de la mairie de Grenoble et du secteur mutualiste, rejoints ensuite par le Conseil Général. Aujourd'hui, 60% de son financement provient de l'Assurance Maladie, les 40% restants sont assurés par la Ville de Grenoble et le Conseil Général (puisque entre 17% et 26% des patients, selon les centres, habitent en dehors de Grenoble).
Comment sont organisés les centres de santé de Grenoble ?
Les centres de santé sont administrés par une association à but non lucratif, l’AGECSA (Association de Gestion des Centres de Santé de Grenoble), qui a vu le jour en 1990. Si elle remplit une mission de service public, cette association n’est cependant pas un service public : ses professionnels sont des salariés et non des fonctionnaires. Basée sur l’expérience et l’engagement de ses professionnels depuis 30 ans, l’association AGECSA , traduit son implication dans une médecine de proximité conforme aux critères de qualité d'une population fragilisée.
Au niveau du fonctionnement, les cinq centres comptent une trentaine de médecins (spécialistes compris) et une centaine de salariés au total pour suivre 18 000 patients. L'engagement professionnel repose sur un souci de qualité, alliant soins médicaux et paramédicaux et actions de prévention.
Quelles sont leurs missions et comment parviennent-ils à assurer une santé pour tous ?
Les centres de santé de Grenoble ont pour vocation de faire face à l’insuffisance du nombre de médecins libéraux au sein des quartiers les plus démunis. Il existe aujourd'hui 5 centres, dont 4 en zone urbaine sensible, dans les différents quartiers de la ville (Mistral, Abbaye, Vieux Temple, Arlequin, Les Géants). Les habitants ont ainsi accès à une médecine de qualité, proche de chez eux, avec des soins personnalisés, équivalents a ceux dispensés par le médecin de famille, même en cas d’urgence. Grâce à la coordination des soins entre des praticiens opérant dans des équipes pluridisciplinaires, la prise en charge de tous, est possible.
Une médecine de proximité peut-elle subvenir à tous les besoins d'une population en situation de précarité croissante ?
Les professionnels travaillant dans nos centres de santé ne constatent pas une explosion du nombre de patients, mais sont plutôt face à une population en situation de précarité de plus en plus aggravée. Ce sont en effet, des cumuls de pathologie qu'ils observent aujourd'hui, dont les facteurs sont multiples : pauvreté, vieillissement, population émigrée ne maitrisant pas ou peu le français, isolement social etc... L'expérience acquise depuis trente ans, permet de soigner et prévenir le renoncement aux soins de patients qui ont confiance en notre équipe médicale. Les jeunes représentent une large proportion de nos patients puisque 27% de nos 18.000 patients ont moins de 16 ans.
Quel message souhaitez-vous faire passer ?
Notre travail quotidien est précieux puisqu'il n'est assuré par aucun autre organisme ou médecins libéraux, et parce que la fracture sociale est de plus en plus large. Mais il est difficile aujourd'hui de se projeter vers l'avenir, de savoir si nos actions de proximité vont continuer à être financées par les pouvoirs publics. Une convention de 3 ans a été signée (2010-2012), pour expérimenter un nouveau mode de financement des professionnels de santé. C'est une véritable reconnaissance de notre travail, de notre engagement social et sanitaire, au quotidien, pour fournir aux personnes fragilisées prévention et soins de qualité. Au-delà de 2013, notre visibilité est réduite puisque nous ignorons si le soutien public sera toujours là. Il faut garder en tête que les centres de santé sont des outils essentiels pour réduire les inégalités en matière de médicalisation et qu'ils s'inscrivent pleinement dans notre politique municipale de solidarité. La fin des centres de santé signifierait donc la fin de la santé pour tous.
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La prévention et l'éducation à la santé !
La prévention santé devrait être plus largement intégrée au système de santé. Mais parlons d'une vraie prévention santé ! pas uniquement des dépistages et des vaccinations. Une prévention santé qui passerait par une éducation à la santé et au bien-être pour faire des malades conscients et autonomes plutôt que des patients passifs.
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