« Vers un périscolaire intégré » : rencontre avec Fabrice Bedon, chef du projet éducatif grenoblois

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 « Vers un périscolaire intégré » : rencontre avec Fabrice Bedon, chef du projet éducatif grenoblois

Le 16 mars dernier s’est tenue la Conférence des acteurs du Projet Educatif Grenoblois au sein des locaux municipaux. A l’invitation de la ville, une centaine d’acteurs éducatifs grenoblois s’est réunie autour des temps périscolaires. Fabrice Bedon, chef de projet éducatif, en charge du dossier périscolaire à la ville de Grenoble, revient sur cette journée de travail.

Marielle Imbert: Qu’est-ce que le périscolaire ?
Fabrice Bedon: Chacun voit le périscolaire à sa porte. Pour les directeurs d’école le périscolaire ce sont les garderies, les études, éventuellement la pause méridienne. Là où pour les associations d’éducation populaire et les fédérations ce vont être avant tout les PEL (Projets éducatifs locaux). Pour des associations d’accompagnement à la scolarité ça va être l’accompagnement à la scolarité. Mais de fait ce qui constitue le périscolaire c’est un peu tout ça. Le périscolaire ce n’est pas uniforme. Il y a un malentendu sur les contenus entre ceux qui pensent que le périscolaire ça doit être un temps avec une plus-value éducative très forte et d’autres qui exigent que l’on réponde à leurs besoins de garde. En fait le périscolaire ça sert à concilier les deux. Il faut tenir sur la qualité et sur l’éducatif et il faut s’ouvrir sur les besoins de garde des parents. Le tout dans une logique de moyens qui reste contrainte.

M.I : Quels enjeux identifiez-vous autour du périscolaire ?
F.B : Ils sont de deux ordres. Il y a tout d’abord un enjeu d’information et de connaissance de ce qu’est le périscolaire sur notre territoire. Il s’agit de connaître ses atouts, ses limites et ses écueils. En gros il s’agit de dresser un bilan partagé. Le second enjeu relève d’une construction partagée du secteur. Ce n’est typiquement pas un dossier où on agit seul. C’est trop compliqué et trop dispersé pour pouvoir agir seul. Construire à plusieurs c’est la philosophie du Projet Educatif Grenoblois. Il faut qu’on puisse faire émerger des propositions, des priorités à plusieurs.

M.I : Aujourd’hui quel bilan faites-vous du périscolaire sur Grenoble ?
F.B :
On identifie bien les limites et écueils. Ils sont de plusieurs ordres : dispersion et hétérogénéité de l’offre, manque de lisibilité pour les parents. Ce sont des modalités, moyens d’informations, tarifs qui divergent d’une offre à l’autre. Comme beaucoup de choses en politique publique, le périscolaire n’a pas forcément été construit selon des diagnostics ou des besoins mais spontanément par rapport à des demandes qui remontent plus que d’autres. De fait, même si tout le monde fait des efforts pour aller chercher des publics un peu éloignés, on s’adosse quand même beaucoup à une dynamique. Et la dynamique n’est pas forcément dans les quartiers où l’on voudrait qu’elle soit. Les atouts c’est le pendant inverse de tout ça. C’est la richesse de tout ce qui est proposé. C’est l’initiative locale. C’est la diversité des propositions. Le volume de tout ce qu’il y a. Et un certain nombre de dynamiques.

M.I : vous évoquez le fait de faire émerger des propositions ?
F.B :
alors sur la conférence on est sur une limite. Lorsqu’on est sur de grands groupes, aller sur de l’opérationnel c’est compliqué. On ne peut pas dire qu’au sens strict il y ait beaucoup d’éléments précis qui soient remontés de la Conférence. Pour l’instant on travaille sur des propositions, mais je ne peux pas trop en parler car ce n’est pas totalement abouti et nous avons prévu de retourner voir les acteurs concernés. On souhaiterait mettre en œuvre deux types de choses : certaines qui concernent Grenoble dans son ensemble et d’autres qui ciblent quelques lieux. Pour ce qui concerne la ville dans son ensemble, il s’agit d’avoir une meilleure visibilité de ce qui est proposé aux familles (pour toutes les offres périscolaires). Et une meilleure visibilité c’est un support mais également un accompagnement par des professionnels. C’est important de former les professionnels qui sont en contact avec les familles et le terrain pour qu’ils puissent les orienter. On voudrait avancer aussi sur les notions de diagnostics. C’est-à-dire affiner un peu notre connaissance des besoins. D’un autre côté, on voudrait faire en sorte que sur quelques lieux de la ville (une école ou quelques écoles, adossées à une association socioculturelle ou à un centre social, ou à une organisation directe de la ville) qu’on arrive à construire un périscolaire qui va un peu plus loin. Qui soit un peu plus intégré, plus cohérent, plus lisible que ce dont on dispose aujourd’hui. Plus adapté aux besoins. L’enjeu est donc de mailler l’existant en mettant en place des animateurs référents par exemple afin d’établir une forme de continuité au cours de la journée.

M.I : quelles évolutions percevez-vous pour le secteur ?
F.B :
il faut se dire qu’on a des ambitions d’évolution qui sont modestes. Mais que si on peut un peu faire évoluer les choses c’est vers davantage d’équité c’est-à-dire que tout enfant de Grenoble, à termes, ait accès à des propositions périscolaires de trois types. Je pense à ce qui se fait à Fontaine avec des temps périscolaires qui sont structurés en trois volets : une proposition avec un encadrement à un pour quinze ou un pour vingt, type « récré active ». A côté quelque chose de l’ordre de ce qu’on connaît nous sur les PEL à un pour dix pour des activités d’initiation et de découvertes. Et puis plus resserré pour les enfants les plus en difficultés comme l’accompagnement en petit groupe.

M.I : Et comment avez-vous vécu cette Conférence des acteurs ?
F.B :
il y a plusieurs registres. Côté participation, il y a eu du monde mais un peu moins que sur les autres éditions. En termes de diversité, il y a eu peu de parents, peu d’enseignants mais ça c’était attendu. Donc c’est une déception relative. En termes de contribution et d’implication des personnes c’était satisfaisant. En termes de production ça l’était aussi. On a eu des orientations, des pistes de travail à explorer. Concrètement on a eu des confirmations de choses que l’on pensait un peu. On a eu quelques nouveautés et encore. Et sur le fond on a eu une volonté partagée de faire progresser le dossier.

M.I : l’absence des enseignants était attendue ?
F.B :
la faible participation oui. Ils ont beaucoup à faire déjà dans leur métier. Ils n’ont pas toujours envie de répondre aux sollicitations pour d’autres temps : le temps périscolaire. Et en plus leur institution ne les y pousse pas beaucoup. C’est peu de le dire. Si on compare aux Assises de Fontaine qui ont fait beaucoup plus le plein sur les enseignants – c’est relatif mais c’est lié à deux choses : la thématique – l’éducation prioritaire – et la préparation en amont avec des syndicats enseignants. Sur le périscolaire, il y a moins d’enjeu du côté Education Nationale. Dès qu’on n’est pas dans le cœur de métier des gens, on a beaucoup de mal à les faire venir, surtout dans le contexte actuel.

M.I : quels sont les chantiers prioritaires maintenant pour la ville sur le périscolaire ?
F.B
: lisibilité et accompagnement c’est assez fort. Là où chacun a organisé ses propres réseaux de communication, qui marchent plus ou moins bien, il s’agit que les familles s’y retrouvent et ne fassent pas des choix par défaut. Ça passe peut être par la création de supports communs, de formation-sensibilisation de relais sur le terrain, de temps forts autour de propositions périscolaires, de liens resserrés avec l’école car on voit que les parents accordent une grande confiance à l’école et que c’est vraiment la relation de proximité. Ça c’est une chose que l’on souhaite retenir. Et puis l’autre, c’est avancer sur quelques lieux pour proposer des choses un peu plus intégrées quoi, même si on reste sur des acteurs pluriels. On peut essayer de faire mieux du point de vue de la continuité et même de la cohérence.

Propos recueillis par Marielle Imbert

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REGARD D’ACTEUR
Sylvie Omez-Pommier, directrice du Centre Social Chorrier Berriat, a participé à la Conférence des acteurs du Projet Educatif Grenoblois. En pleine immersion – en poste depuis moins d’un an – ce genre de rencontre lui permet d’abord de comprendre le paysage dans lequel s’inscrit son action professionnelle. Une démarche d’appréhension et de compréhension de l’univers socio-culturel grenoblois qui l’amène à pointer du doigt plusieurs traits constitutifs du secteur : un climat de défiance et de méfiance entre les différents acteurs éducatifs – associatifs, institutions et Education Nationale – une histoire dont le poids est omniprésent et une difficulté à identifier les partenaires ressources. Les centres décisionnels semblent difficiles à identifier.